Selon l’ADEME « Éco-communiquer, c’est réduire les impacts sur l’environnement des métiers de la communication ». L’éco-conception selon Wikipédia, c’est prendre en compte « le cycle de vie et les aspects environnementaux » liés à la conception du produit. Depuis l’extraction des matières premières (ou l’utilisation de matières recyclées) jusqu’au transport du produit.
De son utilisation et jusqu’à sa fin de vie (recyclage, réutilisation ou valorisation).  On rentre dans le vif du sujet !

Trois phases sont déterminantes pour le document imprimé : la conception, la création et la fabrication. C’est en amont qu’on assure au futur support, un recyclage optimum et un impact limité sur la planète. Intervenir en phase de création uniquement peut mettre en péril l’objectif final : impact limité sur la planète, vous allez comprendre pourquoi.

PHASE 1 : LA CONCEPTION

C’est le moment clé ou on détermine la fonction, la cible, le contenu, le support, le format, le tirage, l’ usage (modulable par exemple), impression/fabrication du document… en bref le besoin du client. Lui trouver une réponse adaptée qui tiendra compte de ses contraintes.

Exemple concret : l’éco-conception du book Coquelicom.

Comm. responsable, partie 1: éco-conception

Le brief : un book éco-conçu qui soit révélateur de la qualité du travail fourni, modulable car un book ça vit (on ajoute des références, on en retire, idem pour les rubriques…). Ce sera un outil unique qui devra incarner l’offre d’éco-conception. Sa fonction : Opération Séduction.

LES ASPECTS A PRENDRE EN COMPTE :

  • Cible : Clients, PME, TPE, agences…
  • Contenu : Les créations graphiques antérieures de différents formats.
  • Support : Un book type livre à l’italienne, avec visses à reliure.
  • Format : A4 standard à l’italienne sur papier bristol 200gr, couverture en PVC transparent (recyclage d’un d’une planche), imprimé recto-verso.
  • Usage : Il sera feuilleté mais alimenté aussi, on ajoutera des créations, on en élèvera, il sera transporté.
  • Tirage : Unique on peut donc faire du sur mesure.
  • Obsolescence du document : Veiller a ce que les informations sur le document soit pérenne et modulable. Une fois tous ces points définis, on passe à la création du document.

PHASE 2 : LA CRÉATION

A cette étape c’est une création traditionnelle qui commence, le choix de la typo ou la création d’une charte graphique, la mise en valeur du sujet, mise en page. Il n’y a pas de technique particulière, du moins je m’interdis toute contrainte dans cette phase car j’en arriverais à trop limiter mon horizon. Plusieurs propositions de créa sont faites au client et d’après ce choix, j’optimise le document.

C’est une seconde étape qui me permet d’optimiser l’encrage du document : la phase d’épuration.

Comm. responsable, partie 1: éco-conception

LES ASTUCES :

  • Aplats : Lorsque j’ai des aplats de couleurs et texte blanc en réserve je fais un essai en mettant la police dans la couleur du fond et le fond en blanc, comme sur la carte de visite ci-contre par exemple (attention a garder l’équilibre du doc).
  • Couleurs : Je joue sur l’intensité des couleurs, les dégradés, sans perdre en lisibilité. La gestion de l’encrage ne doit pas atteindre la qualité du document.
  • Supports internes ou externes : Selon les supports j’adapte aussi l’identité visuelle, pour du kakémono, de l’affiche, qui doivent être percutant j‘évite de trop restreindre l’encrage, pour du papier à en-tête, facture, qui bien souvent sont imprimés en interne et sont d’usage courant, je privilégie une version épurée.
  • Marges : Je les ajuste, au mieux selon la taille du document.
  • Filets : Remplacer les aplats par des filets.

PHASE 3 : LA FABRICATION

A quoi servent des documents éco-conçus si vous passez par imprimeur lambda, made in Pologne, qui usurpe un Imprim’vert pour faire bien? A rien ! C’est pour cela que plus haut j’écrivais que toutes les phases étaient importantes, pour que le produit final soit optimisé et la phase de fabrication déterminante.

Vous êtes donc face au choix stratégique du choix de votre imprimeur (en général vous le faite en phase de conception).

LE CHOIX DE L’IMPRIMEUR, QUELS CRITÈRES? :

  • Imprim’vert : Vérifier que le logo n’est pas usurpé grâce à ce site.
  • ISO 9001 : Ensemble d’exigences normalisées pour un système de management de la qualité
  • ISO 14001 : Traite du management environnemental et recouvre ce que l’organisme fait pour réduire au minimum les effets dommageables de ses activités sur l’environnement et améliorer en permanence sa performance environnementale.
  • ISO 26000 (tout récent) : Norme internationale qui donne des lignes directrices pour la responsabilité sociétale (RS). ISO 26000 contient des lignes directrices et non des exigences.
  • Papiers : PEFC, FSC, recyclés (blanchies avec agents bio-dégradables c’est mieux), on optimise le grammage en fonction de la durée de vie et du type de document, format standard au maximum.
  • Encres : Végétales (SANS huile de palme)
  • CTP : sans chimie
  • Les vernis : Le vernis acrylique à l’eau doit être préférée aux autres types de vernis : gras, UV pelliculage, etc.
  • Pelliculages, pantones métallique, etc. : On évite, voir on bannit.
  • Vernis : Privilégier ceux à l’eau pas encore très efficace.
  • Le mouillage sans alcool : Il permet de ne plus utiliser d’alcool.
  • Amalgame : Certaines imprimeries pratiquent l’amalgame de commandes qui mutualisent le callage, les pertes et permettent un impression de qualité en petites quantité et à prix raisonnables. Attention à la qualité du prestataire on trouve tout et n’importe quoi. Pour Coquelicom, c’est Sergent Papers forever !
  • Bilan carbone des documents imprimés : Chez Impression Durable, on calcul le poids carbone des documents (voir Sustainatwork)
  • Les plus, livraison, achats, etc. : Certains vont même plus loin en choisissant des livreurs à vélo ou encore UPS pour son parc de véhicules électriques et permettent de faire vivre un cercle vertueux de partenaires, refusent les massicots chinois dans leurs ateliers et encore plein d’autres nombreux exemples.

Nous arrivons à la phase finale, celle de la livraison au client. Pour l’utiliser leur l’identité visuelle je leur fournis à mes client, en plus d’une charte graphique, le document de l’ADEME sur l’éco-communication afin qu’ils puissent à leur tour prendre en main l’éco-conception de leur documents. La boucle est presque bouclée, la graine est semée.

C’est surement à ce moment de l’article que vous vous dites « finalement c’est pas si compliqué, j’ai tout compris, je vais proposer ça à mes clients… » et c’est à ce moment là que je vous rétorque « c’est une bonne initiative, mais c’est pas suffisant ». Parce qu’un document éco-çonçu fabriqué en Hollande plombe le bilan carbone. Parce que fabriquer son packaging en Chine en même temps que son produit, dans des conditions de travail déplorables, c’est faire un pas en arrière pour la planète et un pas en arrière pour l’homme.

Alors oui l’éco-communication c’est bien, mais c’est mieux si c’est encadré dans une démarche plus globale qui, en plus de prendre en compte l’impact sur la planète, met l’homme au cœur de sa démarche. «L’homme au cœur de sa démarche ? Mais elle fume quoi Coquelicom ? ». Coquelicom ne fume pas, Coquelicom snif de l’ESS, se pique au réseau local et se saoul au SOL-VIOLETTE. Mais ça c’est encore une autre histoire, la suite au prochain papier, celui sur l’ESS (Économie Social et Solidaire).

Pour plus d’informations :

FORMATION à l’éco-communication
Des articles, guides à télécharger

Commentaires

  1. Jean-Philippe
    Répondre

    Salut Enora,

    Est-ce que tu aurais des informations sur l’impact de l’éco-conception (encre végétales, vernis acrylique, etc.) sur le désencrage du papier lors du recyclage de celui-ci ? Si c’est un gain (écologiquement parlant) ça serait d’autant plus bénéfique. Car on aurait un circuit parfait dans la chaîne de production (Cradle to cradle comme le dit un certain livre :))

  2. Enora
    Répondre

    Coucou Jean Philippe,

    Tu touches du doigts le soucis, j’en parlais dans un mail avec une collègue éco-conceptrice (choum si tu me lis ;-))
    « je pense qu’il manque de vraies références dans ce domaine, car à part l’ADEME, tu ne trouves que peu ou pas d’informations potables sur le sujet…
    Et ce qui manque encore plus c’est des chiffres, des comparatifs, entre des documents éco-conçus et les autres, les impacts, bilan carbone etc…. ça donnerait du poids à nos arguments mais les agences engagées dans cette voie sont a peut près les seules à avoir développé des outils et ne les partagent pas… ».
    L’imprimerie Impression Durable citée dans l’article dans leur devis font le bilan carbone de cahque document…
    J’ai rencontré le responsable com à l’Ademe aussi qui déplorait comme moi le manque d’outils sur le calcul du bilan carbone des documents. En gros faut faire appel à des spécialistes pour le calculer (ou faire une formation qui existe aussi à l’Ademe sur le bialn carbone).

    Des outils existent pour calculer l’impact de ton mode de vie perso :
    http://www.calculateurcarbone.org/
    l’évênementiel avec ADERE de l’ademe un outil de calcul pour une manifestation : http://www.evenementresponsable.fr/
    http://www.festival-allantvert.com/le-festival-2010/le-bilan-environnemental qui a calculé l’impact du festival AllantVert

    Voilà ce que je peux en dire, il est clair que sans chiffre c’est difficile de comparer et mesurer l’impact, bien que l’ADEME ayant déjà calculé ce genre d’impact, préconise certaines actions dont l’article c’est inspiré…

    Mais des chiffres, il manque des chiffres!

  3. Mel
    Répondre

    Article très intéressant ! C’est effectivement une question qui, à mon sens devrait être plus pris en compte dans nos métiers.
    Quand je bossais à be_pôles, ils créaient une sorte de label, Ecographik assurant un design « vert » de la conception à la livraison.
    On se rend compte que parfois la demande vient même du client, mais c’est encore rare.

  4. Enora
    Répondre

    Cette question de la label c’est pas évident, car il en existe déjà pas mal, pour être labellisé il faut payer, tous les Iso sont payants….
    Et rajouter un label parmis d’autre labels, auto déclarés qui ne sont garant de rien pour le client ou le consommateurs, je ne sais pas si ça ne perdrait pas le client plutot qu’autre chose….

    Cependant un label d’éco-conception serait ptet pas mal…Après pour être accessible c’est encore une autre histoire, il n’y a que les agences qui peuvent se payer ce genre de chose. Cet article est fait pour démocratiser aussi la pratique, que chacun se rende compte que c’est tout a fait faisable, ça ne coute pas plus cher, voir moins cher car on optimise tout. De plus c’est un vrai challenge a relecer, réussir a faire du beau avec toutes ces contraintes (nan je ne suis aps maso! :-D).
    Je vais voir ton site de ce pas….

  5. Jean-Philippe
    Répondre

    Concernant le désencrage du papier j’ai un 1er élement de réponse : Heidelberg est en train de concevoir une encre végétale à base de soja et de lin qui se nomme « Saphira » qui prend en compte le désencrage. Les particules d’encres se casse plus facilement et plus vite lors du procédé de désencrage.

    Voilà, sinon j’ai pas plus que ça et surtout pas de chiffres.

    Pour rappel pour les lecteurs des commentaires de cet article, voici la liste des types d’imprimés qui posent problèmes lors du désencrage (que ce soit la méthode du lavage ou de la flottaison) :
    – les journaux ou magazines imprimés en jet d’encre ou flexographie;
    – les journaux ou magazines imprimés avec des encre à l’eau ou toners liquides;
    – les impressions heat set (séchage à chaud) sur papiers non couchés;
    – les couvertures avec vernis UV;
    – les journaux trop vieux;
    – les impressions lasers;
    – les papiers calques imprimés.

    Source : France Graphique – Juin 2010

    • Enora
      Répondre

      Ce qui se recycle c’est ce qui est à base d’encre végétale…
      Tout ce qui est impression maison jet d’encre, laser, repro, qui ne peut être à base d’encre végétale fait perdre le bénéfice éco-conception.
      Il semble que ce sont ces même encres qui posent soucis au désencrage…mais là faudrait un expert pour venir confirmer tout ça….

  6. Mel
    Répondre

    Vi je suis d’accord, le label pose un certain nombre de problèmes, de crédibilité, d’authenticité, etc.. Mais quand il n’y a rien en face, c’est un début.
    En tout cas merci pour les précisions Enora et Jean-Philippe, j’ai bien appris (-:
    Et merci pour le compliment du blog (-:

  7. ESTEPAN-SARKISSIAN
    Répondre

    Salut,
    Cet article est très bien mené. J’était sensibilisé à la question, me voilà maintenant initié.
    Ça donne même envie de travailler autrement.
    Puis la livraison à vélo, ça me plaît bien.

  8. FABOJA
    Répondre

    Salut Enora! J’adore ta démarche, tu site, tes conseil… je redécouvre le métier de créateur graphique et ça fait du bien ;o)
    Cependant j’ai une petite question: je ne comprend pas bien cette manip: « Remplacer les aplats par des filets ». Peux-tu m’éclairer STP.
    Encore merci.

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