Comment allier graphisme et éthique?
L’ESS (Économie Sociale et Solidaire) est ton amie.

Nous sommes surement quelques-uns à s’être questionnés par rapport au métier que nous souhaitions exercer, pour le lequel nous venions d’être formés. Nous nous sommes peut-être même positionnés :« J’aime mon métier mais je n’ai pas envie de participer à la pression mondiale de retouche Photoshopesque ».« Oh non, je ne bosserais jamais, jamais, pour telle ou telle marque ».
Réponses fatalistes de nos collègues : « Graphiste et principes ? Ce n’est pas compatible », « Graphiste et valeurs ? Cela va carrément à l’encontre de notre métier »...

Un jour nous avons cherché du boulot : la priorité étant la première expérience, nos valeurs sont passées à la trappe. Nous avons fini en agence ou chez l’annonceur à mettre en avant des pubs que l’on ne cautionnait pas forcément ou à envoyer des « artworks » à Zing notre homologue chinoise (notre patron avait délocalisé sa production en Chine).

Si je vous disais : « Les amis, c’est possible, on peut le faire. On peut trouver des structures où exercer notre métier dans des conditions honnêtes, avec des valeurs et un sens des responsabilités ». J’aurais face à moi :

  • les sceptiques « Encore du baratin de soixante-huitard attardé. »
  • les bornés « Mais c’est n’importe quoi, tu crois qu’on a le choix ? Tu crois que c’est quoi notre métier ? C’est vendre de l’image, du beau, du rêve, point barre. »
  • les convaincus « Mais c’est génial, je veux en être ! Où ? Quand ? Comment ?

« Comment ? »
Ce billet à pour but de vous aider à vous y retrouver : identifier des structures dans lesquelles vous pourriez pratiquer votre art, sans avoir à laisser convictions et valeurs à la porte de votre entreprise. Un tour d’horizon des possibilités…
Il existe sur notre planète Terre, le secteur privé, le secteur public et ce qui se fait appeler le « tiers secteur ». Oubliez le rapprochement avec le tiers-monde, le « tiers secteur » représente à lui seul 10% du PiB de la France. De grandes entreprises en font parties, comme les chèques déjeuners, la Macif, le mensuel Alternatives Économiques, l’école de conduite ECF, la société de jouets « Moulin Roty » etc.
Il s’agit de structures pérennes pour la plupart, ne subissant ni délocalisation, ni pressions boursières.
Ce tiers secteur est aussi appelé Économie Sociale et Solidaire (que nous appellerons ESS).

1) QU’EST CE QUE L’ESS ?

L’Économie Sociale et Solidaire conjugue :

  • Les statuts privés (les coopératives telles que SCOP, SCIC, SCE Société Coopérative Européenne etc, les mutuelles, les associations et fondations).
  • La combinaison de 3 économies : marchande, non marchande et non monétaire.

A cela s’ajoute le caractère collectif de ces entreprises, qui sont au service de l’homme et non au service du capital. Les principes forts de justice, d’égalité, et de réciprocité permettent l’émergence sur le marché d’entreprises de commerce équitable (ex : Ethiquable), d’épargne solidaire (ex : Crédit coopératif), les structures en faveur du développement durable etc.

Une fois que nous avons lu cette définition, une question se pose : « Comment moi, petit graphiste indépendant ou salarié, je peux à mon niveau, intégrer ce secteur et en porter les valeurs ? ».

2) GRAPHISTE SALARIE ET ESS

En tant que salarié, pour intégrer une entreprise de l’ESS, vous pouvez :

  • Intégrer des SCOP ou SCIC : rendez-vous sur le site « Les scoop de la communication » pour trouver des agences ou sur « L’annuaire des SCOP » (en région vous avez les URSCOP) pour travailler chez l’annonceur.
  • Intégrer des mutuelles fédérées au sein de la FNMF et les mutuelles d’assurances au sein de la GEMA.
  • Intégrer des fondations. Regroupées sous l’égide de l’institut de France ou de la fondation de France (il existe aussi 500 fondations reconnues d’utilités publiques et 150 fondations d’entreprises)
  • Intégrer des associations, dont 16% sont employeurs, essentiellement dans les secteurs du social, de l’éducation, de la culture et du sport (attention elle ne seront peut-être pas les meilleures structures à solliciter, le budget étant très limités). Vous pouvez consulter le site de la CPCA (Conférence Permanente des Coordinations Associatives) qui coordonne près de 700 fédérations soit plus de 600 000 associations en France.

En tant que salarié il est donc assez simple d’intégrer une structure déjà existante. En tant que freelance, ça semble plus compliqué…

3) FREELANCE ET ESS EST-CE-POSSIBLE ?

Quand on comprend que l’ESS c’est le collectif, il est difficile d’imaginer comment nous petit freelance solitaire, nous pouvons nous revendiquer de ce secteur et en porter les valeurs…
Si je vous dis que c’est possible, il faut encore que je vous explique : comment ?

Avant création :

  • Utiliser les dispositifs de l’ANPE d’aide à la création d’entreprise : vous aurez la belle appellation de « porteur de projet » et là vous trouverez sans soucis des SCOP qui pourrons vous suivre grâce aux parcours de l’ANPE : les fameuses EPCE, les formations à la création d’entreprise etc…. (Il est parfois nécessaire d’insister auprès de votre conseiller pour être redirigé vers telle ou telle structure, mais si vous le souhaitez vous y arriverez).
  • Si vous n’avez pas la possibilité d’être pris en charge par l’ANPE pour cet aide à la création, il existe des associations d’anciens cadres à la retraite, qui après adhésion à l’association vous suivent le temps de la création et même après (L’ARCEC à Toulouse par exemple).

Vous verrez certaines portes se fermer : comme certains dispositifs d’aide à la création d’entreprises solidaires (IRLIS à Toulouse, par exemple) parce que le critère collectif manque à votre projet. Ce n’est pas grave.

Une fois créé vous pouvez :

4) BILAN D’UNE GRAPHISTE FREELANCE A LA SAUCE ESS : J’ai testé pour vous!

J’ai intégré l’ESS à mon travail, à la vie de mon entreprise (c’en est même le fondement). J’ai débuté en solo, moi micro entreprise, vilaine de l’économie traditionnelle, j’ai osé aller me frotter à de l’ESS.

Mes petits conseils pour aborder l’ESS sans trop se planter :

  • Qualité : Veiller à la qualité des prestations/partenariats. La communication dans l’ESS est proche du néant. C’est un vrai problème qui décrédibilise ce secteur. Par la qualité de vos prestations montrez que l’on peut être professionnel et avoir des valeurs.
  • Prenez le temps d’allier principes et business : au pays de l’ESS vous aurez les même problèmes que partout pour développer votre entreprise. Cela pourrait même être un peu plus long : avoir des valeurs demande un vrai travail de réflexion, de positionnement, d’évaluation (donc du temps, j’ai mis un an et demi à créer Coquelicom), prenez le. N’oubliez pas de développer le volet commercial pour autant (pas qu’avec des structures de l’ESS dans un premier temps).
  • Vous faire suivre si possible par une SCOP avant la création de votre entreprise ou votre installation en freelance. On partagera volontiers avec vous les réseaux, les bonnes adresses (un mot à retenir : les tête de réseaux, qui sont les acteurs connus et reconnus du secteur).
  • Travailler votre positionnement, vos valeurs. Montrez l’exemple. Les idées, les principes, sont fédérateurs et donnent un cadre à votre activité. Une charte est un bon support pour cadrer votre activité/vos partenariats par exemple.
  • Créer des partenariats, COLLABORER : travailler de manière collective… sans avoir le statut vous pouvez avoir le fonctionnement de l’ESS. Éviter de voir l’autre comme un concurrent, tenter de voir comment vos offres peuvent être complémentaires par exemple.
  • Doser ses engagements, ils sont souvent chronophages, il faut savoir être présent aux initiatives du réseaux, aux rencontres (diagnostique de l’ESS par exemple) d’un coté et au boulot, prospection, business de l’autre. Je vous inviterais à vous inscrire dans les actions concrètes (les monnaies locales, les SOLS, sont un bon support par exemple).
  • Aller au bout de vos envies : j’ai hésité a revendiquer ces valeurs (toute jeune dans ce milieu et seule au sein de mon entreprise). Faire du mieux qu’on peut avec les moyens qu’on a, c’est ma devise. Osez ! Vous trouverez des structures qui prendront le temps de vous identifier selon vos valeurs et dépasseront le simple « statut » (merci l’ADEPES).
  • Attention à la commande publique ! On parle ESS, on parle DD, on parle beaucoup mais que fait-on ?
    Il y a des vrais gens engagés sur les questions de l’économie, de la solidarité, mais les habitudes sont longues à changer. Toutes les parties de l’institution sont encore loin de réussir à allier discours et actes (commande publique, appels d’offre). Pour le moment la commande publique n’exige presque aucun critère social/sociétal ou écologique des entreprises qu’elle consulte, elle demande des exercices tests non rémunérés (ou les rémunère de manière scandaleuse), elle bafoue le droit d’auteur et ne sait pas ce qu’est une session de droit. Bref, courage fuyez, elles vous inciteront à bafouer vos valeurs plutôt qu’a les utiliser pour valoriser et mettre en cohérence leurs discours et leurs actes… Je cherche actuellement un moyen de sensibiliser les structures toulousaine à ce problème.
  • Ne pas diaboliser l’économie traditionnelle : vous entendrez souvent des remarques qui laissent à penser que l’économie « traditionnelle » est perfide, que l’ESS est l’exemple à suivre, la crème de la crème etc…
    Pour ma part, je mixe. Oui le grand DJ toulousain de l’Économie c’est moi (je plaisante) ! Il s’agit de prendre les + de l’un, les + de l’autre et de faire le package « qualité et éthique ». Il serait même prétentieux de penser que l’ESS n’a pas a balayer devant sa porte.
  • Parler/échanger : Faites la promotion du groupe, pensez collectif, sans le vouloir vous génèrerez des connexions/échanges avec des gens qui vous ressemblent. Tentez, essayez, sortez des sentiers battus. Ouverture, ouverture, ouverture.
    Que ce soit dans les partenariats, ou les rencontres, éviter de mettre les gens dans des boîtes, encore plus dans nos métiers, soyons créatifs !

Alors voilà c’est fini pour ce volet sur l’ESS, après celui de l’éco-communication.
J’espère que cet article vous aura fait connaitre ce tiers secteur qu’on oublie trop souvent et qu’il vous aura donné la petite lampe torche pour vous guider vers de nouveaux horizons qui vous ressembleraient plus.

Surement vous demandez-vous ce que vient faire l’ESS dans ce sujet de la communication responsable ? 

Cette dernière pose les règles et les principes pour aider les structures à mieux communiquer, ce qui est très bien.
On rejoint là le premier principe de la communication responsable « le dire et le faire » du collectif Adwiser. L’ESS permet donc d’être une entreprise responsable, qui applique les principes qu’elle prône en son sein, pour aller vers une autre communication. « Faites ce que je dis et ce que je fais » serait le nouvel adage.

Nous terminerons ce triptyque (snif) avec notre prochain article « Communication responsable, mon amour ». 
Vous verrez comment lier éco-conception et valeurs dans un principe de communication pour arriver enfin à la « communication responsable ».

A très vite bornés, septiques, convaincus et tous les autres !
N’hésitez pas à laissez vos petits commentaires/questions, on se fera une joie d’y répondre !

Merci à @choum_ qui (grâce à ses retours) vous a épargné un article indigeste et hermétique, @Chewpinette et @barbie_geekette qui m’ont aidé a trouver le titre !
Et notre Ludivine internationale qui m’a fait confiance pour cet article!

Enora
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Les bonnes adresses de l’ESS : Vous aurez toutes les bonnes infos ici pour découvrir l’ESS et ses acteurs/têtes de réseau.
A suivre sur twitter :
 @atelier_ess, @HappyRuche, @mois_ESS, @_Aurelia, @Ressol, @Mouves_ES.

*SCOP : courant du XIXé siècle, les première associations d’ouvriers qui donneront naissance aux SCOP s’organisent pour lutter contre les effets néfastes et les excès de la première industrialisation.

Commentaires

  1. Ludivine
    Répondre

    Merci pour ton article très instructif.
    J’espère qu’il sera utile aux visiteurs sensibles à ces valeurs.

  2. Morel
    Répondre

    Pour plus d’informations, les Cres (Chambres régionales de l’économie sociale) ont pour but de rassembler, défendre, promouvoir et représenter leurs membres (coopératives, mutuelles et associations) en favorisant l’émergence et le développement des structures du secteur.
    Elles organisent chaque année le Mois de l’ESS en novembre, et bien d’autres actions pour valoriser ce secteur encore mal connu du grand public.

    • Coquelicom
      Répondre

      Merci la CRES pour ce précieux commentaire.
      Dès qu’on veut citer les références…On en oublie forcément une ou deux…j’attends que la seconde se manifeste!
      je plussoie donc mes amis, la CRES c’est The référence.

      A Toulouse j’ai plutôt eu des contact avec l’Adepes (d’ou mon oubli) qui m’ a aidé à découvrir les acteurs locaux, les initiatives. La CRES et l’ADEPES ont d’ailleurs co-organisé la quinzaine de l’ESS cette année en midi pyrénées.

  3. Eddie Aubin
    Répondre

    Bonjour,
    Je suis heureux de voir ce genre d’initiative, j’ai récemment créer une agence de communication éthique et solidaire « L’agence Besoin d’ed », basé sur des honoraires solidaires ou même des contrats solidaires ! J’ai quatre pôles d’activité le coaching conseil, la conception de projet, le print & web et les solutions billetteries.
    Mes clients vont du petit producteur de spectacle au Ministère.

    J’ai déjà la chance d’avoir conçu une autre entreprise Scop cette fois-ci qui se nomme montourneur.com est qui oeuvre à aider les artistes socialement pour leur trouver des dates de concert. Nous avons d’ailleurs été reconnu comme jeune pousse de l’entreprenariat social & solidaire par le Groupe SOS et Ashoka, plu tard nous avons également rejoint le Mouves pour unir nos forces à ce changement de paradigme économique.

    Je suis disponible pour tout ceux qui aimerai développer d’autres concepts innovants en la matière ! Au plaisir ! ESSment votre !

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